La fin des juristes : naissance du droit numérique et effacement silencieux de l’homme

Pendant des décennies, on a enseigné que les systèmes juridiques reposaient sur des traditions distinctes : le droit continental, structuré par des codes ; la Common Law, façonnée par les précédents ; et, plus récemment, le droit international, tiré par la mondialisation. Mais quelque chose de plus profond est en train de se produire, loin des discours officiels. Les juristes eux-mêmes peinent à le nommer, les institutions à l’admettre, et les citoyens à le percevoir : nous assistons au basculement progressif d’un droit produit par l’humain vers un droit exécuté par la machine. Ce changement n’est pas spectaculaire ; il est silencieux. Il ne passe pas par une réforme visible ou un traité retentissant, mais par une lente accumulation de mécanismes numériques : identités dématérialisées, décisions automatisées, algorithmes de conformité, notifications pré-remplies, contrôles qui se substituent aux juges. Et ce basculement entraîne un brouillage inédit. Car dans cette nouvelle architecture, les catégories traditionnelles ; sujet de droit, personne, citoyen se mêlent, se confondent, parfois même disparaissent au profit de pures identifications techniques. L’enjeu n’est donc plus de comparer deux traditions juridiques. Il est de comprendre le glissement qui les traverse toutes : celui qui fait passer nos sociétés du droit […]

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