Le Grand Théâtre du Monde
Il y a, dans la marche des civilisations, une vérité que presque personne ne veut regarder : la surface n’a jamais été autre chose qu’un mensonge bien éclairé. Les peuples vivent dans un décor, pas dans le monde. Ils s’agitent dans des récits construits pour eux, persuadés que ces fictions constituent la réalité. C’est là leur première défaite : confondre la lumière du projecteur avec la lumière de la vérité. Sous ce théâtre se tient une autre scène, plus vaste, plus froide, où se décident les trajectoires du monde. C’est un espace sans bruit, sans foule, sans applaudissements. Là, les décisions ne sont ni annoncées ni débattues ; elles sont appliquées. Et ceux qui les prennent n’ont aucun intérêt à ce que la masse comprenne, car la compréhension engendre la résistance, et la résistance complique la gestion. Ce que la majorité nomme “conflit”, “changement”, “réveil”, n’est souvent qu’un mécanisme d’entretien. Une manière de nourrir l’illusion que le système se corrige lui-même. La vérité est moins romantique : la surface sert à distraire, la profondeur sert à gouverner. Tout le reste est du bruit. Ce qui est sombre, ce n’est pas la manipulation. Ce qui est sombre, c’est qu’elle fonctionne parce […]


