Les enfants numériques

Les enfants numériques

Nous avons confié à des écrans ce que jadis demandait une présence : écouter, éduquer, accompagner. Sans nous en apercevoir, nous avons délégué une part de notre rôle de parent, de guide, d’adulte responsable. D’abord la télévision pour occuper, puis l’ordinateur pour apprendre, puis le smartphone pour “rester connecté”. Et à force de croire que le progrès suffisait à remplacer le lien, nous avons fabriqué une génération entière qui ne connaît du monde que son reflet digital. Ces enfants n’ont rien volé : ils ont simplement grandi dans le cadre qu’on leur a tendu. Ce sont les enfants numériques, façonnés par nos absences, absorbés par un univers qui ne s’éteint jamais. Nous pensions leur offrir le monde. Mais c’est le monde virtuel qui, lentement, les a adoptés.

Les enfants numériques

Nous avons laissé les écrans éduquer nos enfants sans même nous en rendre compte…

Réinventer une éducation du lien : apprendre à exister dans le numérique sans s’y dissoudre, à s’en servir sans s’y soumettre.

L’urgence n’est plus de dénoncer l’écran, mais de redonner du sens à ce qu’il reflète car si le numérique est inévitable, l’oubli de l’humain, lui, ne l’est pas.

Appel au réveil collectif — Tribune CLCFR
Les enfants numériques
Les enfants numériques — Illustration (format 16:9)

Ils ne sont pas nés différents. C’est nous qui les avons façonnés ainsi. Eux, les enfants numériques, les enfants numérisés. Une génération entière née dans la lumière bleue, élevée par des algorithmes, bercée par des écrans.

Et si l’on cherche un responsable, il faut d’abord regarder du côté de notre propre négligence.

Ce n’est pas venu d’un seul coup. Nous avons ouvert la porte, petit à petit. Un dessin animé pour les calmer, un ordinateur pour “apprendre plus vite”, un téléphone “pour rester joignables”. Et derrière ces prétextes, c’est notre fatigue, notre distraction, notre fuite qui a éduqué à notre place.

Nous avons délégué l’attention, la curiosité, le silence. Nous avons confié l’enfance à la machine, et la machine a pris le relais sans état d’âme.

Les enfants numériques n’ont pas grandi dans le monde : ils ont grandi dans le réseau. Ils ont appris à exister à travers l’image, à mesurer leur valeur en vues, en cœurs, en followers. Ils parlent une langue que nous avons laissée inventer sans nous : celle du flux, du court, de l’oubli rapide.

Et pourtant, nous persistons à nous étonner du résultat. Nous disons : “ils ne savent plus se parler, ils s’isolent, ils s’éparpillent.” Mais cette éducation-là, c’est nous qui l’avons donnée par omission.

Nous avons voulu protéger, nous avons endormi. Nous avons voulu occuper, nous avons déconnecté. Nous avons voulu simplifier, nous avons déserté.

Aujourd’hui, nous payons le prix du confort. Et il est trop tard pour faire comme si le numérique n’existait pas : il est notre nouvel air, notre nouveau sol.

La seule voie n’est plus le refus, mais la lucidité. Réapprendre à éduquer dans le numérique, non plus contre lui, mais à l’intérieur de lui, sans s’y dissoudre.

Il faut recréer du lien humain dans la matrice. Retrouver la lenteur dans la vitesse, le silence au milieu du bruit, le regard dans la lumière.

Les enfants numériques ne sont pas perdus. Mais il faudra, pour les retrouver, que nous redevenions des adultes présents.

Tribune publiée par CLCFR – Réseau du Vivant
https://clcfr.com

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